Alliot-Marie embrasse la recherche grenobloise

Le baiser de la femme araignée

par Simples Citoyens

Voici un mois de cela, Alliot-Marie, ministre de la Guerre, visitait Minatec au CEA-Grenoble et le Centre de Recherche du Service de Santé des Armées à La Tronche pour "défendre la recherche grenobloise" selon Le Daubé. Retour sur une visite instructive.

Défiez-vous de vos commanditaires. En quelques heures de visite, Alliot-Marie, ministre de la guerre, a plus fait pour détruire le voile d’honorabilité et de bonne conscience dont se drapent les chercheurs grenoblois, que des années d’objections de conScience attentionnées. La grande muette a tout lâché, tout balancé, confirmant avec éclat les accusations portées par de simples citoyens contre le militarisme des nécrotechnologies grenobloises. Après son passage, on ne voit plus quel prétexte pourront avancer les scientistes qui infiltrent les organisations écolo-progressistes, pour nous supplier de "Sauver la recherche". Quoi qu’ils disent désormais, nous les renverrons aux aveux de leur ministre : "La Défense est un acteur majeur dans la recherche, elle appuie les recherches civiles et militaires qui sont de plus en plus imbriquées... Notre intérêt pour Minatec illustre, lui aussi, l’engagement croissant de la Défense dans la recherche et l’innovation. Et à travers Minatec et Minalogic, la Défense entend rester à l’écoute de la recherche civile. St Micro, Radiall, Soitec ont un potentiel important pour l’équipement de nos forces et la sécurité de nos concitoyens..."

Le journaliste du Daubé, professionnel de l’enquête et du reportage, peut enfin répéter de source autorisée ce qui se dit depuis des années sur Pièces et Main d’Œuvre : "La visite aura permis de rappeler ou de révéler les relations existantes entre la Défense nationale et la recherche grenobloise. Deux exemples : en matière de propulsion nucléaire (sous-marins, porte-avions), le CEA est notamment responsable de la conception et de la maintenance des réacteurs. Et intervient d’autre part, dans les instances nationales et internationales, où il contribue à la surveillance du respect des traités internationaux tels que le traité d’interdiction complète des essais nucléaires."
Le Daubé croit tout ce que le CEA lui dit. Il oublie qu’en 1995, Chirac faisait procéder à quatre essais nucléaires au mépris des traités internationaux, évidemment sur le pas de tir du CEA, à Mururoa.

"Mais c’est d’un autre développement dont il a été beaucoup question hier. Pendant que Michèle Alliot-Marie avait droit à une petite visite privée de certaines installations, Jean-Claude Petit, directeur des programmes du CEA, expliquait au reste de l’assistance, la recherche et la lutte contre le terrorisme NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Et l’implication du CEA dans les domaines suivants : la surveillance des activités de prolifération et de terrorisme nucléaire, l’expertise dans le domaine des explosifs et leur détection, le développement de capteurs chimiques ou biologiques à haute performance, l’étude des effets des rayonnements ionisants sur les tissus biologiques et la maîtrise de l’ingénierie des protéines et des biotechnologies."

Qui développe le terrorisme NRBC sinon les états - au premier rang desquels l’Etat français - seuls à disposer des moyens nécessaires aux appareils militaro-scientifiques de la guerre high-tech ? Qui, sinon les états, au premier rang desquels, l’Etat français, a développé des programmes discrets, secrets, sacrifiant à la raison d’état, c’est à dire aux statocrates, des populations, des régions, des pans entiers de l’environnement ? (Centres de tirs du Sahara, du Pacifique, du Nevada, du Khazakstan, île de Grunard, mer de Barents, etc) Où les terroristes, une poignée de furieux, trouvent-ils leurs idées et leurs moyens de terrorisme ? Mais aussi bien, qui fabrique ces terroristes, aussi nécessaires à l’Etat que l’incendie aux pompiers ?

Le terrorisme est évidemment le nouveau filon du lobby militaro-scientifique. "Au-delà de l’aspect visible du plan Vigipirate par exemple, de nombreux médecins, pharmaciens, ingénieurs, chercheurs de la Défense travaillent dans l’ombre à anticiper la progression de la menace terroriste et à y apporter les réponses les plus adaptées et les plus efficaces."

Un exemple ? A La Tronche, Alliot-Marie visite le Centre de recherches du service de santé des armées (CRSSA), un arsenal scientifique où l’on travaille à la guerre radiobiologique, biologique, toxicologique et sur la résistance aux conditions de combat (stress, sommeil, températures extrèmes,etc). A cette occasion, elle félicite chaleureusement le lieutenant Eric Chabrière, jeune homme studieux et pugnace, qui travaille sur les gaz de combat. "En toile de fond : la menace terroriste et l’attaque au gaz sarin perpétrée par la secte Aoum dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995 (12 morts, 5500 personnes incommodées)". Le sarin est un neurotoxique organophosphoré, mortel par inhalation et par contact cutané. "...1 kg de neurotoxique peut tuer 1 million de personnes..."

Chacun voit que l’étude des gaz de combat et a fortiori dans un laboratoire militaire laisse ouverte, la question des applications. Il se peut que ces études ne servent qu’à des fins de défense. Mais la maîtrise du fer pour reprendre une comparaison fréquente sert aussi bien à forger des épées que des boucliers, et même des socs de charrue.
"Parmi les nations européennes occidentales, la France fut la seule à disposer sans interruption entre 1946 et 1989 d’un programme chimique militaire complet ne négligeant ni les aspects défensifs, ni les moyens techniques d’une éventuelle riposte, c’est à dire les moyens offensifs. Cependant, et malgré ce que l’on peut lire ici et là, la France n’a jamais industrialisé ni même constitué un arsenal chimique."

Encore une fois, il se peut. Mais qui, et surtout parmi les plus farouches militaro-nationalistes, croiraient sur parole l’Etat et l’armée. Le mensonge et le secret-défense ne seraient-ils plus de louables instruments de la raison d’état ? N’est-ce pas ce même Olivier Lepick qui nous révélait dans Libération (22/03/06), l’existence d’un programme secret de guerre biologique, durant un demi-siècle (1921-1972). Pourquoi l’Etat aurait-il cessé de nous mentir ? Comment imaginer que ces aveux et révélations tardives ne masquent pas de nouveaux programmes secrets, incluant les armes génétiques et les vecteurs nano-biotechnologiques ? Combien de temps faut-il pour convertir des "études défensives" en armes offensives ?

Détail fatal, ce programme de guerre biologique qui "n’impliqua jamais plus d’une quinzaine de chercheurs, essentiellement des vétérinaires militaires" (Libération) avait lieu, entre autres, au Bouchet (Essonne), dans l’un des trois laboratoires du Centre de Recherche du Service de Santé des Armées, avec celui de La Tronche. Ne sommes-nous pas quelque peu terrorisés, quand l’armée s’intéresse à notre santé ?
Le lieutenant Chabrière, turbulent, mais bon élève, suivant ses supérieurs, sportif, pratiquant la plongée, le judo, le karaté , ne sait peut-être même pas ce qu’il fait.
Pas plus que nous.

Que savons-nous ?

Historiquement, on ne recense qu’une seule attaque au sarin, celle du métro de Tokyo, le 20 mars 1995. Bilan : 12 morts et 5500 personnes incommodées. A voir le nombre de maux meurtriers, parfaitement prévenables, que l’Etat laisse inadressés - par exemple le massacre de masse des victimes de l’amiante -, on ne peut que s’étonner de cette pointilleuse préoccupation pour un agent létal qui n’a jamais fait un mort en France, et très peu ailleurs. A moins bien sûr que dans quelque arrière-pensée d’état-major, ces études ne servent davantage à l’offense qu’à la défense. -Mais- voyez comme le monde est harmonieux, et duales, civiles et militaires, les nécrotechnologies : de même que le fer sert à forger des épées et des charrues, les découvertes du lieutenant Chabrière pourraient lui valoir, à lui et à ses collègues, le titres de "bienfaiteurs de l’Humanité"

Les neurotoxiques entrent non seulement dans la composition des gaz de combat, mais dans celle des insecticides. Mieux, c’est pour trouver un nouveau débouché à ses productions militaires qu’après la première guerre mondiale, l’industrie chimique en général, et la firme Bayer en particulier, se lancèrent dans cette activité champêtre. "Chaque année dans le monde, 200 000 personnes meurent accidentellement par la faute de ces produits dangereux qui contiennent des agents neurotoxiques." Pas seulement des personnes d’ailleurs, mais les abeilles aussi, se lamentent les 950 apiculteurs de l’Abeille dauphinoise.
On dira, pourquoi ne pas laisser les oiseaux becter les insectes, et les chats briffer les oiseaux ? Oui, mais que deviendrait l’emploi dans l’industrie du cancer ; services d’oncologie, cancéropoles, laboratoires pharmaceutiques (dont ceux de Bayer) ? Que ferait-on du lieutenant Chabrière qu’on ne peut tout de même pas payer à faire du judo et de la plongée à plein temps ?
"Affecté dans le département de toxicologie du professeur Masson, le jeune homme va travailler, en équipe, sur une protéine - la paraoxonase- qui permet aux mammifères d’être protégés contre les insecticides."

Tempête dans l’éprouvette, le lieutenant Chabrière ne découvre nulle parade aux neurotoxiques, mais tombe incidemment sur une protéine inconnue, la HPBP (human phosphate binding protein) qui "permettrait de transporter les phosphates dans le sang et d’empêcher qu’ils bouchent les artères pour provoquer, ensuite, des accidents cardiovasculaires. Première cause de mortalité, ces maladies tuent, en France, 180 000 personnes chaque année (...) En raison de l’ampleur de la découverte, les membres de l’équipe du pharmacien général Patrick Masson, associèrent à leurs travaux plusieurs équipes grenobloises, dont le CNRS et l’Institut de Biologie Structurale, le Centre Hospitalier Universitaire et le Synchrotron."

C’est que, comme le dit Alliot-Marie, les recherches civiles et militaires sont de plus en plus imbriquées, comme d’ailleurs recherches publiques et privées, fusionnant en un seul corps scientifico-militaro-industriel, qu’il faudrait nommer d’un seul mot, afin de le rendre visible. Bref, "Plusieurs laboratoires travaillent sur ce programme aux fantastiques débouchés commerciaux. Un brevet a été déposé par la France pour contrer ceux qui envisageraient de s’approprier la découverte." Ce n’est pas un hasard si le patriotisme économique va se nicher jusque dans le traitement de l’artériosclérose ; les maladies cardiovasculaires étant, elles aussi, des maladies économiques, il n’y a pas de raison que l’on brade à la concurrence étrangère ce marché patiemment produit par les industries du tabac, de la pharmacie et de l’agro-alimentaire.

"Mme Alliot-Marie prend la défense de la Recherche" titre Le Daubé qui tantôt est l’organe du Sirpa (Service d’Information et de Relations Publiques de l’Armée), tantôt celui de "Sauvons la Recherche", mais toujours celui du techno-gratin. Hors l’opération de com’, de guerre psychologique comme disent les états-majors, il n’y avait aucune raison de consacrer deux articles et une pleine page du Daubé à la découverte du lieutenant Chabrière, déjà vieille de cinq ans, sinon le désir d’offrir à Alliot-Marie un prétexte à la défense de la recherche militaro-scientifique. On en rit dans les labos.

A ceux qui voudraient encore trier le bon grain de la recherche "fondamentale" de l’ivraie des recherches "appliquées", nous dédions cette exclamation du médecin général Martet, directeur du CRSSA. "La recherche fondamentale est notre cœur de métier. Sans elle, notre expertise serait obsolète en cinq ans !"

Cinq ans : voilà toute la différence entre recherche "fondamentale" et "appliquée".


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