Alliot-Marie saute sur Minatec

La ministre de la Guerre passe les nécrotechnologies en revue

par Simples Citoyens

Vendredi 24 mars 2006, à 68 jours de l’inauguration de Minatec, Alliot-Marie, ministre de la Guerre, vient reconnaître le terrain pour Chirac et passer en revue les nécrotechnologies grenobloises : CRSSA (Centre de recherche du service de santé des armées de La Tronche) et Minatec. "A l’occasion de cette visite, Michèle Alliot-Marie rencontrera les médecins et les chercheurs du service de santé des armées engagés dans la recherche sur les neurotoxiques de guerre, la thérapie cellulaire, la lutte contre le bio-terrorisme, ainsi que les chercheurs et ingénieurs du CEA (pôle MINATEC) impliqués dans le programme de lutte contre le terrorisme NRBC" (service de presse interministériel). Ainsi confirme-t-elle avec éclat ce que nous n’avons cessé de répéter depuis des années en dépit des dénégations des chercheurs, de la gauche écolo-citoyenne, des chercheurs de gauche écolo-citoyens : on prépare la guerre au CRSSA, on prépare la guerre à Minatec. Cette fois les masques tombent avec fracas, il n’est plus question de gadgets électroniques pour consommateurs de la Fnac ni de cosmétiques à base de nanoparticules. La ministre vient proclamer l’enjeu militaire des nano et biotechnologies.

Nul doute qu’elle nous assommera de l’habituelle propagande : "défense nationale", "maintien de la paix", "guerre humanitaire", "lutte contre le terrorisme". La première victime d’une guerre c’est la vérité. Mais finalement ne se laissent abuser que ceux qui veulent l’être. Sans doute la racaille au pouvoir fait la guerre. Expéditions africaines. Supplétifs en Afghanistan. Trafics d’armes internationaux, en particulier avec les dictatures. Cette guerre n’est pas la nôtre. Ces arsenaux de recherche ne servent pas à nous défendre ; au contraire on y fignole aussi (d’abord ?) les armes du contrôle social. En toute transparence bien entendu. Comme pour les essais nucléaires, dont on découvre 40 ans après les ravages sur les populations et les personnels civils et militaires du Pacifique et du Sahara. Comme pour les programmes secrets d’armement biologique entre 1921 et 1972 ou ceux toujours poursuivis au centre du Bouchet et inaccessibles à la presse . Que s’imaginent les médiatiques accrédités et badgés qui vont arpenter les couloirs balisés du CRSSA derrière la ministre ? Que cette visite au pas de course est un brevet d’information ?

Le programme de visite d’Alliot-Marie ressemble à un sommaire de Pièces et Main d’œuvre.

- 10h : CRSSA

Spécialisé dans les armes NBC (nucléaires, biologiques et chimiques), le CRSSA étudie depuis des années les radiations ionisantes, les virus, les gaz toxiques, la résistance au combat (froid, chaleur, sommeil, altitude) - pour nous protéger disent ses responsables. Ce qui n’est qu’un demi-mensonge dans un domaine où les mêmes études servent à fabriquer le poison et le remède, le virus et le vaccin, l’épée et le bouclier. La crédibilité du CRSSA, elle, se mesure à cette opinion du Dr Alain Jouan, l’un de ses biologistes, lors d’un débat au café "Science et Guerre" de Lyon : "Il existe une barrière morale chez tout être humain et l’utilisation de l’arme biologique dépasse cette barrière : c’est pourquoi un acte terroriste de cette ampleur n’a jamais existé."
Le général Curé nous rassure. "Il n’existe aucun travaux secrets chez nous" (sic) et le laboratoire "ne pose aucun risque en matière d’environnement", même si la norme P3 impose de légères précautions : "accès restreint au personnel, combinaisons, blouses, masques, lunettes, sur-chaussures, gants de chirurgie, circulation de l’air de l’extérieur vers l’intérieur, clapets anti-reflux, barrières de confinement biologique, installations pour la décontamination des déchets, filtres, douches, avertisseurs d’incendies."

(Pour plus d’informations : "Lyon, Grenoble et les armes biologiques", du Service civil lyonnais, sur www.piecesetmaindoeuvre.com)

- 14h45 : Minatec et Minalogic

Comme dit Le Daubé : “Le rayonnement mondial ” de notre “ capitale internationale ”, à travers ses nombreux laboratoires, centres de recherches et universités qui constituent une source inépuisable d’innovations dans laquelle la Direction Générale pour l’Armement pioche régulièrement. ”
En octobre 2002 la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) et le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) signaient une "déclaration d’intention pour une coopération active dans le domaine des composants électroniques", plus particulièrement au sein de Minatec. Objectif : "satisfaire les besoins de la défense pour la veille technologique, l’accès aux technologies civiles les plus avancées et l’acquisition de technologies spécifiques". La DGA aura accès à l’observatoire des micro et nanotechnologies et à l’"IDEAS LAB", une "structure de réflexion sur les applications des technologies, pour la veille à court-moyen terme et l’évaluation de la menace". Elle sera associée aux orientations de Minatec, participera au choix des sujets de thèses, aux groupes de réflexion sur l’élaboration des programmes du CEA-LETI et cofinancera certains des programmes de recherche retenus.

Les nanotechnologies, ça sert à faire la guerre : programme FELIN d’équipement du fantassin ; nanocapteurs de surveillance ; microcapsules contenant des produits chimiques corrosifs, etc. Comme le note une étude CEA/Alcimed de 2004 : dans les domaines prioritaires pour l’armée (textile, capteurs, énergie), la France "possède un savoir-faire important", et occupe "une position de leader reconnue au niveau international A titre d’exemples, le CEA-Grenoble est aujourd’hui un acteur majeur des domaines des mini et micro-sources d’énergie et de la nanoélectronique."

(Pour plus d’informations : "Aujourd’hui le Nanomonde" n°6-7 et n°11 sur www.piecesetmaindoeuvre.com)

- 17h : chantier de la nouvelle gendarmerie de Meylan

Pour mémoire c’est dans l’ancienne gendarmerie de Meylan qu’on a inauguré les prélèvements obligatoires d’ADN sur les gardés à vue, pour inscription au fichier national des empreintes génétiques . A Grenoble trois "Amis de la Commune" poursuivis pour avoir déboulonné la plaque de la rue Thiers ont refusé avec courage de se laisser prendre leur ADN et deux d’entre eux ont été condamnés à cinq ans de prison avec sursis et 150 € d’amende .

Chercheurs, nous vous offrons quelques lignes de l’un d’entre vous, à méditer pendant les discours de votre ministre :
"Sommes-nous animés par la prétendue “éthique de la connaissance” comme le soutiennent tant de scientifiques, ou par un sens dénaturé de notre dignité qui nous conduirait à ne faire de mathématiques que si l’on nous paie intégralement nos frais de voyage, et de séjour dans un décor bourgeois, même si cela signifie qu’il faut mendier de l’argent à des organisations militaires qui ont tant fait afin de discréditer la science aux yeux de tant de gens ? Pouvez-vous imaginer Van Gogh disant qu’il ne peut pas peindre aussi longtemps qu’il n’obtiendra pas d’argent de l’OTAN ? Sommes-nous des intellectuels, ou des voyageurs de commerce ? (...)
Si nous croyons que nous pouvons accepter l’argent de n’importe qui pour le profit des mathématiques et/ou de nos oeuvres complètes, si nous nous comportons comme si nous étions d’accord avec les politiciens les plus corrompus, ceux qui pensent que la science et l’éducation sont simplement des branches de la Défense, comment pouvons-nous alors espérer regagner un jour le respect des jeunes ? ou de nous-mêmes ? L’ultime preuve de sincérité pour un mathématicien est son consentement à renoncer à un peu de ses mathématiques, sans parler de son argent, afin d’adhérer à son propre code de morale (en supposant qu’il en a un, et qu’il ne se réduit pas à placer les mathématiques au-dessus de tout le reste)."

Roger Godement, mathématicien, "Mathématiciens (purs) ou putains (respectueuses) ?" - 22 avril 1971

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