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Si vous voulez savoir où va la société industrielle entre les deux guerres et ce que l’espèce humaine peut alors en redouter, lisez Giono et son extralucide Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938), qui - le premier - en dénonce les tares et en démonte l’effroyable mécanisme, dans les termes les plus révoltés et raisonnés.
Comme c’est à devenir fou de voir ce qu’il voit et d’être si seul à le clamer envers et contre tous, il devient fou et met tout son espoir dans un mythique soulèvement paysan dont il annonce l’imminence, mais qui ne dépassera pas le plan d’un roman jamais écrit.

Si vous voulez savoir d’où vient la société paysanne entre les deux guerres, dans ces mêmes montagnes où Giono vagabonde de corps et d’esprit, entre Manosque et le Trièves, lisez Une Soupe aux herbes sauvages (1978) d’Émilie Carles (1900-1979), paysanne et institutrice du Briançonnais, anarchiste et pacifiste comme son mari, l’ouvrier Jean Carles, féministe avant que ce ne soit hype, et - pour faire bon poids - meneuse écologiste. C’est elle qui, faisant l’appel de ses anciens élèves devenus agriculteurs, obtint l’annulation, en 1974, du projet d’autoroute qui devait détruire leur vallée de la Clarée. Victoire contrariée pour cette militante de l’émancipation. Le pacifisme ne va pas sans contradiction, finit-elle par dire. Quant au progrès - école, électricité, T.S.F, voitures, camions, téléphone, aviation, médicaments - il n’éradiqua pas seulement le patois, le patriarcat et l’impitoyable vie paysanne. La ruée vers l’or blanc transforma en hideuse « station de ski », dévastée de remonte-pentes, de chalets et d’immeubles, le village de Puy-Saint-Vincent où elle avait enseigné en 1924, et qu’elle ne reconnut point 50 ans plus tard.

Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son HLM
Manger du poulet aux hormones

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