Archives du 9 janvier 2003.

Pour lire le texte intégral : Nanotechnologies, maxiservitude. Des contributions grenobloises à l’automatisation du cheptel humain.


La charge critique de ce texte paru en janvier 2003 n’a fait que s’accroître avec la ruée sans répit des « technologies convergentes » (NBIC), vers l’artificialisation de l’espèce humaine, sous couvert d’« augmentation ». C’est-à-dire d’incarcération de l’homme-machine (« bionique », « cyborg »), « amélioré » par modifications génétiques et implants électroniques, dans le monde-machine régi par « l’intelligence artificielle » (la smart planet d’IBM).

C’est ici que nous avons décrit pour la première fois le projet Minatec et la nouvelle accélération techno-industrielle ; celle des nanotechnologies (nanobio, nano-armes, nano-électronique) - et surtout - du nanomonde. Une accélération dont nous avons retracé la trajectoire depuis Jacques Vaucanson (1709-1782), l’inventeur de la cybernétique, jusqu’à Louis Néel (1904-2000), le fondateur du CEA-Leti (« De l’innovation à l’industrie »), en passant par Aristide Bergès (1833-1904), « l’inventeur » de la Houille blanche.

C’est ici que nous avons commencé à pointer la duplicité et la fausseté de cette social-technocratie hégémonique dans la cuvette, sempiternelle criarde au « fascisme » ou à « la guerre », tout en forgeant dans ses laboratoires, les armes et les moyens du techno-totalitarisme. Ainsi des « puces communicantes » (RFID), injectées dans un objet, un animal, un enfant, un clochard, un homme d’affaire, afin de les tracer n’importe où ; en attendant de les implanter près du cerveau ou de la moelle épinière d’un sujet pour commander ses mouvements et ses émotions. « Nos amies les puces prennent le pouvoir partout » comme bêtifiait Le Daubé en avril 2001, alors que d’immenses cortèges appelaient à préférer « l’escroc au facho ».

Depuis les faux antifascistes, les antifascistes de confort, ont eux aussi appris à dénoncer le « techno-fascisme ». Non pas le caractère intrinsèquement « fasciste » (i.e autoritaire, totalitaire), de « nos amies les puces » et des systèmes de commande & de contrainte issus de leurs laboratoires ; mais l’émergence de fascistes parmi les figures des GAFAM ; ou plutôt d’opportunistes plus ou moins libertariens, s’adaptant, ou profitant du moment Trump, pour accélérer leur expansion technologique [1]

C’est également dans ce texte que nous avons nommé nos ennemis et ceux de notre espèce ; Kevin Warwick, le cybernéticien transhumaniste qui nous a relégués parmi les « chimpanzés du futur » ; John K. Chapin, le fabriquant de cyborgs télécommandés ; Severino Antinori, le gynécologue et embryologue, promoteur des « Nouvelles Technologies Reproductives », du clonage et des FIV pour grands-mères [2]. Que par opposition au corporatisme féroce et obtus de la plupart des chercheurs, nous avons évoqué les désertions des mathématiciens Alexandre Grothendieck (1928-2014) et Theodore Kaczynski (1942-2023) [3] ; ainsi que la mise en garde fameuse de l’informaticien Bill Joy, « Pourquoi le futur n’a pas besoin de nous [4] ».

Sans doute sommes-nous des « anti-industriels prématurés », nous qui n’avons pas attendu 2023, ni les récentes sécheresses et canicules, pour dénoncer les pillages et gaspillages d’eau, de terres, d’énergie, de minerais, d’humanité ; que ce soit dans le Grésivaudan, dans le Kivu, au Congo, ou à Guiyu, en Chine [5] . De même que nous n’avons pas attendu 2026 pour dénoncer - comme Le Monde, comme tout le monde - l’eugénisme des start-up « qui rêvent de créer des bébés génétiquement modifiés », tout en appelant, « face au défi démographique », à la marchandisation des gamètes ; soit le prix d’entrée dans Le meilleur des mondes [6].

Sans doute sommes-nous des « anti-industriels excessifs », pour n’avoir pas servilement restreint notre critique aux nuisances et accaparements des usines à puces - ce qui est à la portée de n’importe quel anticapitaliste un peu frotté de verdure ; mais pour l’avoir au contraire étendue à l’ensemble du nanomonde machine - y compris dans sa visée transhumaniste d’artificialiser l’espèce humaine et sa reproduction. C’est, paraît-il, notre travers, que de faire « ce qui ne se fait pas ».

Ceux qui se taisent sur l’industrialisation de la production infantile ou sur la modification génétique des humains, tout en siphonnant sans dire et sans retenue la critique des industries grenobloises du numérique que nous portons depuis un quart de siècle, n’en sont que davantage des faussaires et des menteurs par omission. Nos écrits restent pour leur honte et leur embarras. De ce texte premier sont issus un millier d’autres et une quinzaine de livres sur les vingt-et-un publiés avec nos associés. Il a été republié en 2008 dans Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies, un projet de société totalitaire (Ed. L’Echappée), toujours disponible en librairie ou chez nous.


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Nos Pièces détachées n°93 (Le téléphone portable, gadget de destruction massive - Pourquoi il n’y a plus de gorilles dans le Grésivaudan) et n°97 (STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d’eau) recueillent toutes nos publications sur le Grésivaudan et l’industrie du numérique.

Notre journal L’Electron libre (16 pages, couleur) retrace « un siècle d’électrocution ».

[2Cf. Le Monde, 21 juin 2001

[3Cf. Renaud Garcia, Notre Bibliothèque Verte, 3 vol. Ed. Service compris

[4Wired, 8 avril 2000

[6Cf. Le Monde, 28 avril 2026, « Ces start-up qui rêvent de créer des bébés génétiquement modifiés », « Face au défi démographique, ouvrons un débat sur l’évolution du modèle français de la PMA ». Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, 1932