Dix-huit mois plus tard, le fiasco de la CNDP fait encore mal

mercredi 20 juillet 2011 par Pièces et main d’œuvre

Ce n’est pas souvent que l’on rit aux comptes-rendus de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPCST).

Voici, dans le rapport de la mission parlementaire sur "la sécurité nucléaire, la place de la filière et son avenir" du 30 juin 2011, une impayable saynète autour des pseudo-débats de la Commission nationale du débat public (CNDP) sur les nanotechnologies en 2009-10.

Les personnages (par ordre d’apparition) :
- Bernard Tardieu, de l’Académie des technologies,
- Claude Birraux, député, président de l’OPCST,
- Philippe Deslandes, président de la Commission nationale du débat public,
- Xavier Clément, directeur de la communication du Commissariat à l’énergie atomique.

La scène (dialogues originaux) :

"M. Bernard Tardieu, Académie des technologies, membre du comité des experts. – La notion de transparence est évoquée principalement à propos des incidents, pas de la conception. On dit à nos concitoyens que l’EPR bénéficie d’une meilleure conception. Mais où est le débat ? Qu’en pensent-ils ? Ce nouveau réacteur rendra-t-il caduques les centrales plus anciennes ? La réflexion en amont n’est pas traitée.

M. le président Claude Birraux. – Il me semble pourtant avoir insisté sur les révisions décennales et sur la mise à niveau technique de la sécurité des centrales.

M. Philippe Deslandes, président de la commission nationale du débat public. – La commission nationale du débat public a demandé à EDF de dire pourquoi les autorités de sûreté nucléaire française, britannique et finnoise avaient émis des réserves sur la sécurité de l’EPR. Nous avons souhaité connaître les causes des retards subis par les travaux à Flamanville et en Finlande. EDF a pris nos demandes en compte. Lors du débat, la conception des réacteurs était abordée, mais le secret-défense nous a été opposé lorsque nous avons voulu connaître la résistance du toit à la chute d’un avion. En revanche, nous avons obtenu une réponse à la question posée sur ce même sujet à propos du site de Penly.

La confiance est obtenue en tenant ses promesses. EDF s’était publiquement engagée à ne pas construire de deuxième EPR en France avant que le premier ne soit opérationnel. Cet engagement n’a pas été tenu. À propos des nanotechnologies, le Gouvernement a promis de rendre publiques ses décisions, qui tiendraient compte des éléments versés aux débats. Cet engagement n’a pas été tenu. Monsieur Xavier Clément, nous n’avons pas connu à propos des nanotechnologies un souci de transparence analogue à celui que vous avez formulé aujourd’hui !

M. le président Claude Birraux. – Il n’y a pas eu de débat sur les nanotechnologies !

M. Philippe Deslandes. – Si ! Une forte opposition s’est exprimée sur Internet. Les autres pays d’Europe n’ont pas organisé de débat ; nous, si. C’était courageux !

M. le président Claude Birraux. – Surtout après l’inauguration du Minatec de Grenoble !

Les interrogations des autorités de sûreté nucléaire française ou étrangère portaient sur le contrôle commande au sein de l’EPR.


M. Xavier Clément.
– Le CEA participait sincèrement au débat public, jusqu’à ce qu’il soit perturbé par l’irruption des agitateurs de Pièces et Main-d’œuvre. Les citoyens n’ont pas pu poser de questions. Si nombre de réunions n’ont pu se tenir, ce n’était pas de notre fait.

Il est exact que transparence et communication ne sont pas synonymes, mais comment exposer à nos concitoyens des sujets compliqués ? Bien qu’elle ne suffise pas à garantir la transparence, la communication est indispensable.
Internet est un moyen considérable, à condition de l’organiser et de lui fournir des contenus. Ceux fournis par le CEA sont validés par nos chercheurs, non par la direction de la communication.

Enfin, je suis aujourd’hui directeur de la communication, mais j’ai un passé d’ingénieur chimiste chercheur. Je connais le fond des sujets abordés."

Notons cette confirmation, de la bouche même du président de la CNDP : le rapport de ladite sur les nanotechnologies reste bien celé dans un tiroir. Mais que pourrait-on y lire qu’on ne sache déjà ? Et quelles conséquences en tirer que le gouvernement ne se soit par avance refusé d’en tirer ?

(Le rapport intégral est consultable ici : http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-off/i3614.asp)

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Sur la campagne d’acceptabilité des nanotechnologies tentée par la Commission nationale du débat public en 2009-10, et sabotée par les opposants, lire aussi :
- Révélations : le véritable bilan de la CNDP-Nanos en exclusivité par Pièces et Main d’œuvre
- La CNDP nous écrit (encore !) ; nous répondons (derechef)
- Le site www.nanomonde.org