Carte d’identité électronique : ce n’est pas du canular

mercredi 8 juin 2005 par Pièces et main d’œuvre

"Canular autour de la carte d’identité électronique
Faux et usage d’infos"

titre le Daubé du 8 juin 2005.

D’après le quotidien local, un faux "4 pages" du Conseil général de l’Isère a été distribué à 20 000 exemplaires dans les boîtes aux lettres des Grenoblois ce lundi. Intitulé "Libertys, votre nouvelle carte de vie", ce document aux allures officielles enjoint les Isérois de se faire enregistrer dans leur mairie avant le 1er juillet afin de recevoir leur "carte unique d’identité et de services" - faute de quoi ils seraient radiés de toutes les administrations et services publics. Cette carte évidemment électronique, biométrique et sans-contact anticipe à peine sur le projet INES (future carte d’identité) du ministère de l’Intérieur, en le perfectionnant dans ses options (puce sous-cutanée, usage généralisé à tous les aspects de la vie quotidienne, etc).

"Avec "pour en savoir plus", deux numéros d’informations : ceux de... La Métro et du Conseil général, dont les lignes téléphoniques ont un peu souffert, on l’imagine, entre lundi et hier." (Le Daubé, 8/06/05)

Si les Grenoblois ont cru à ce canular, c’est que le Daubé les a de longue date familiarisés avec les recherches menées au CEA-Léti, à STMicroelectronics et chez Atmel. Trois entreprises liées de près ou de loin au GIXEL, un organisme cité par le "4 pages" comme partenaire du pseudo-projet Libertys.

Qu’est-ce que le GIXEL ? Nous avons voulu en savoir plus. Le "Groupement des industries de l’interconnexion, des composants et des sous-ensembles électroniques" est le lobby de l’électronique et du numérique. Le CEA-Léti en est membre, comme Thalès, Sagem, Oberthur, etc.

En 2004, le GIXEL a rédigé ses propositions pour sortir son secteur de la"crise" dans un "Livre bleu" dont nous proposons des extraits (source : www.gixel.fr)

Parmi les "programmes structurants" destinés à relancer la filière, le GIXEL liste "la sécurité du territoire" et "l’identité numérique". Dans le compte-rendu d’une de ses réunions, il définit les "marchés fondamentaux de la sécurité : les marchés de la carte à puce, de la biométrie, des composants enfouis et des chips embedded. L¹essentiel des marchés de sécurité sont des marchés civils."

Le 12 avril 2005, Dominique de Villepin, encore ministre de l’Intérieur, annonce pour 2007 le lancement de la carte d’identité électronique contenant des données biométriques :"C’est un enjeu majeur pour la sécurité de notre territoire et celle de chacun de nos compatriotes (...) Par ailleurs, vous savez que sur le plan industriel nous sommes le pays en pointe dans cette technologie. C’est pourquoi je souhaite que l’Europe puisse adopter les normes technologiques que nous avons mis au point dans le cadre de la coopération franco-allemande." (France Soir, 12/04/05)

Les lecteurs découvriront dans ces extraits comment le lobbying alimente les politiques en idées et en projets, et comment il faut interpréter la déclaration de Villepin. Il n’est évidemment pas plus question de "sécurité" que de "libertés individuelles", mais de rentabilité et de guerre économique.

Seule différence entre les discours ministériels et les exigences des industriels : ces derniers ne s’embarrassent pas des précautions oratoires des politiques.

Depuis quatre ans Pièces et Main d’‘uvre dénonce la servilité des élus à l’égard des patrons et des laboratoires, publics ou privés : encouragement de la liaison recherche-armée-industrie, financement de projets nécrotechnologiques (Minatec, Crolles 2, Biopolis, etc), sacrifice de l’environnement, de la santé, des libertés, de l’autonomie des citoyens au profit de la Croissance, etc.

Les plus sceptiques de nos lecteurs trouveront dans la prose sans fard du GIXEL et dans son débouché actuel la démonstration de cette soumission. Ils apprendront sans doute avec intérêt que les Grenoblois de STMicro, de Radiall, d’Atmel, (le CEA-Léti, membre du GIXEL, se contente d’approuver) ont contribué à la rédaction de ce "Livre Bleu" qui proclame : "La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles."

Voilà les recherches dont Destot, Migaud et Vallini se font les avocats. Voilà ce dont il ne sera pas question au talk-show "Science et Démocratie" de la Métro les 16 et 17 juin.

Voilà ce dont il sera question, entre autres, à la réunion publique organisée par les Opposants aux Nécrotechnologies Grenobloises le 17 juin :

RESISTANCE A TECHNOPOLIS
Réunion publique sur la technification du monde et les moyens de s’y opposer

Projection du "SILENCE DES NANO"
de Julien Colin, en première galactique
Suivie d’un débat.

VENDREDI 17 JUIN A 20 H A LA BIFURK
(2 rue G. Flaubert - Tram A, arrêt Maison de la Culture)

Venez et amenez vos amis