Ce week-end à la foire participative de Grenoble

mercredi 16 juin 2010 par Le Casse Noix / Jean-Pierre Garnier

C’est du pur Franck Lepage, le loustic qui fait d’hilarantes – et instructives- « conférences gesticulées » sur la technocratie politicienne (1) . « Débats », « colloques », « forum », « ateliers », « acteurs », « tables rondes », « élus », « citoyens », « techniciens », « démocratie participative », boumboum !...Proutproutt !...Tous les ans, au printemps, ça les reprend. Quand les médias nationaux ne ratissent pas les budgets pub & com de Grenoble et des autres villes de province avec leurs « suppléments » locaux, ils les siphonnent avec un « événement » censé flatter la vanité du crétin des Alpes et de son babiroussa municipal (alias Destot).

Deux pages dans Le Daubé de ce mercredi 16 juin pour claironner les « Etats Généraux du Renouveau » organisés par Libération et Le Nouvel Observateur, à Alpexpo, la grande halle aux cochons, du 18 au 20 juin.
« Participez ! » ordonnent les affiches, sur les panneaux Decaux, et les luxueux dépliants, sponsorisés par la Région Rhône Alpes, la Métro (communauté d’agglomération), et la Ville de Grenoble. Mais dites-donc « Acceptez ! » puisque c’est ce que vous pensez ; ce que vous voulez dire ; ce que cela veut dire. « Faire participer pour faire accepter », vos sociologues nous l’ont assez seriné (2). L’entrée, comme d’habitude, est libre et gratuite – payée par nos impôts et les retombées publicitaires des collectivités et des boîtes locales -, mais tout de même, comme on n’est jamais à l’abri d’une « conduite de Grenoble » (voir sur wikipedia, le sens de cette expression), les aspirants participants sont priés de s’inscrire sur le site jeparticipe.org afin de trier les bonnes poires des pommes pourries. On sait qu’une seule suffit à gâter tout le tonneau ; ça devrait le faire.

Pour le renouveau, on repassera. Le casting rassemble l’habituel troupeau de montgolfières : Rocard, Pascal Lamy de la Banque Mondiale et des Musiciens du Louvre-Grenoble, Jean-François Kahn, Robert Hue, Martin Hirsch, Marielle de Sarnez, Manuel Valls, François Hollande, etc. Plus Jouanno et Duflot, les deux baleines vertes. Max Armanet, directeur du développement à Libération, expliquant au Daubé : « Ce que nous voulons créer à Grenoble est unique et la principale différence se situe au niveau de l’implication du réseau associatif. » Ils nous l’ont bien dit : faire participer pour faire accepter. « Mouiller », impliquer les associations, ces « relais » entre les « gens » et les « politiques », dans leurs propres asservissements et spoliations. Quant au phacochère municipal (alias Destot), c’est évidemment lui qui ouvre ces trois jours de tempête cérébrale en réponse à la question : « Pourquoi le renouveau est-il nécessaire ? » Hmmm. Suggérons quelques pistes : pour « désenclaver » Grenoble par l’achèvement de l’A51 et la construction de la rocade Nord ; pour développer Grenoble en hauteur, avec les gratte-ciel de GIANT, le nouveau centre-ville scientifique de la technopole ; pour étendre celle-ci de Genève à Valence, le long du Sillon Alpin ; pour décrocher, enfin, les Jeux Olympiques en 2022 ; pour « sécuriser » l’agglomération en la criblant de caméras de videosurveillance ; pour en finir avec toutes ces oppositions stériles, négatives, au développement d’un nanomonde durable ; pour… à vous lecteurs ! Participez ! Faites des propositions !

Comme elle croit à son métier, l’intrépide Eve Moulinier, journaliste au Daubé, larde le tapir municipal (alias Destot) de questions impertinentes.
- « C’est un peu une tradition à Grenoble d’accueillir des colloques et des débats, non ?
- C’est une tradition qui remonte à loin. Les idées de mai 1968 avaient déjà été analysées et synthétisées par le grand colloque de Grenoble. (…)
- Peut-on imaginer que les Etats Généraux de Grenoble fassent date ?
- Il se peut très bien que cette rencontre compte en terme de préconisations puisqu’elle abordera tous les sujets et se poursuivra par un débat sur Internet. (…) Après tout, les idées de la Révolution sont bien parties de Vizille, alors pourquoi ne pas imaginer que les idées maîtresses de 2012 partent aussi de Grenoble.
- Quelle est la différence entre les « Etats Généraux » et le forum Libé que la ville de Grenoble a déjà accueilli deux fois ?
- (…) Que l’on organise cet événement dans une ville en situation de pleine urbanisation et qui a à cœur toutes les préoccupations sociales et environnementales, est une garantie supplémentaire pour le bon déroulement de ces Etats Généraux. »
(Le Daubé, 16 juin 2010)

Où l’on voit que le potamochère municipal (devinez qui c’est) n’a strictement aucune, mais aucune idée de mai 68, de la Révolution française, de l’assemblée de Vizille, ou alors qu’il se fout absolument du monde – mais les deux sont compatibles et probables. C’est normal puisqu’en 1968, Michel Destot étudiait consciencieusement pour devenir ingénieur au CEA, adjoint de Dubedout, PDG malheureux de CORYS, maire de Grenoble, etc. Il ne veut pas savoir que « les idées de mai 1968 » consistaient précisément à vomir les types comme lui et leurs plans de carrière. Quant à la Révolution française, elle eut été plus tranchante encore avec le goret municipal (oui, c’est bien lui) ; à moins, bien entendu que, jouant au fin marxiste, notre pécari municipal n’entende par là révolution bourgeoise, plutôt que droit à l’insurrection du peuple opprimé.

Tous les dix ans, un politicard grenoblois s’imagine avoir trouvé une brillante idée. « - Et si on faisait des Etats Généraux ? Ça plairait aux journalistes. » Carignon l’avait fait avec les « quadras » « rénovateurs » du RPR. – Tiens, Carignon, que devient-il ? Toujours en train de manigancer avec Hortefeux ? – Tu parles d’une idée nouvelle. La plumiste du Daubé maugrée, désabusée : « De toutes façons, quoi qu’on fasse, pour les opposants, on sera toujours « Le Daubé » … » Tu as compris, journaliste, quoi que vous fassiez, vous serez toujours Le Daubé, parce qu’employés du Daubé, vous ne pouvez faire que du Daubé ou être virés. A vous de voir si vous souhaitez vous identifier à votre boîte. Nous, on a toujours fait la différence entre l’entreprise et ses pions.

Fin mai, c’était l’Adels, « l’Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale » qui tenait à Grenoble ses « Rencontres de la démocratie locale ». Cela se passait à la MC2, avec plus de 1000 personnes, le techno-gratin, les petits fours, la photo dans le Daubé, le discours d’ouverture de notre suidé municipal (qu’on ne présente plus). Encore la démocratie participative, encore blablabla, non merci, je reprendrais plutôt une tartine de tarama, blablabla…

Le Daubé étant ce qu’il est, il ne pouvait s’intéresser à la seule intervention de ces « Rencontres » à frotter le groin de nos élus dans leur soue municipale.
« Avec le syntagme « démocratie participative », on a affaire, au plan linguistique, comme j’y ai précédemment fait allusion, à un pléonasme qui, comme c’est souvent le cas dans la novlangue des discours autorisés, cumule la négation et la dénégation. » Houla, compliqué ça. Notre journaliste fronce les sourcils. Pas avec ce sabir qu’on va remonter les ventes à Saint-Joyce en Valdingue. C’est du sociologue Jean-Pierre Garnier, chère consoeur, et si vous voulez savoir l’essentiel de ce qui va se dire aux « Etats Généraux du Renouveau » à Grenoble, ce week-end, sans aller vous faire tartir sur place, lisez la contribution de Jean-Pierre Garnier (à télécharger ci-dessous) plutôt que votre prose dans Le Daubé.

Le Casse-Noix

(1) Voir Inculture(s), sur www.scoplepave.orgwww.scoplepave.org

(2) Voir "Participer, c’est accepter", sur www.nanomonde.orgwww.nanomonde.org


Garnier démocratie participative
Version prête à circuler
121.5 ko