Pourrons-nous survivre à la technologie ? (J. von Neumann). Traduit par Annie Gouilleux

mardi 1er octobre 2019 par Pièces et main d’œuvre

En 1955, deux ans avant de crever d’un cancer des os, l’abominable scientifique John von Neumann (1903-1957), écrivit un article pour la revue Fortune, intitulé « Pourrons-nous survivre à la technologie ? ». C’était poser la question à l’un des pires ennemis de l’humanité que le Livre Noir de la Science ait connu, et l’un des mieux à même d’y répondre.

Von Neumann, on ne l’avait pas croisé depuis notre Minime introduction aux nanotechnologies (voir ici et Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies : un projet de société totalitaire), en mars 2006. Son collègue Richard Feynman, précurseur des nanotechnologies, l’évoquait ainsi, à propos des beaux jours passés ensemble à Los Alamos lors du projet Manhattan de mise au point de la bombe atomique :

« Et puis, j’ai connu von Neumann, le célèbre mathématicien. (…) Je dois à von Neumann d’avoir compris que nous n’avons pas à nous sentir responsables du monde dans lequel nous vivons. Depuis lors, je n’ai cessé de me sentir « socialement irresponsable », et je me suis toujours bien porté. Cette irresponsabilité active qui est la mienne est née de ces conseils que von Neumann me donnait lors de nos promenades. »

Que John von Neumann, juif hongrois né Janos Lajos Neumann en 1903, naturalisé américain en 1937, ait combattu l’Allemagne nazie et l’Union soviétique sur le front militaro-scientifique, cela va de soi. Il fit ce que faisaient ses collègues, dans tous les camps ; quitte à en changer quand on ne leur donnait plus les moyens de leurs passionnantes recherches. Von Neumann y apporta cependant un génie démoniaque et une insouciance allègre, de l’ordre de l’instinct de mort tel que décrit par Freud dans Malaise dans la civilisation. Ce n’est pas rien que d’être considéré à la fois comme « le père » de la bombe H, de la « théorie des jeux », de l’architecture des ordinateurs et même, de la « singularité technologique ». C’est-à-dire de cette théorie du développement exponentiel des technologies et du dépassement de l’homme par les « machines intelligentes ».

Seule la perspective de sa propre fin, due au cancer contracté lors des essais nucléaires de Bikini, semble l’avoir rendu un rien méditatif. On reste cependant pantois, comme chaque fois qu’on lit les tentatives de réflexion d’un scientifique, fût-il un génie, de la bêtise, toute pragmatique et technique, des propos tenus. A cet étonnement, se mêle de l’effroi. Au bord de l’extinction où « la technologie » - c’est-à-dire von Neumann et ses pareils - a mené l’humanité, suivant ses propres dires, il ne voit qu’une solution de survie. Davantage de technologie. Des technologies mégalomaniaques développant le nucléaire, l’automation, la géoingénierie, et imposant la paix par la crainte de la destruction mutuelle. Ce programme, à peu près suivi depuis 1955, nous a rapprochés plus que jamais de cette destruction redoutée. Ne l’oublions jamais quand nos Etats, les media et leurs marionnettes nous enjoignent - notamment à l’occasion de la 28e Fête de la science en ce mois d’octobre 2019 - d’« écouter les scientifiques !... d’écouter la science ! », afin d’échapper aux diverses catastrophes technoscientifiques convergeant sur nos têtes.

(Pour lire le texte de von Neumann, ouvrir le document ci-dessous)


Von Neumann 1955
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