La Métro tente de recruter Pièces et Main d’Œuvre

par Pièces et main d’œuvre

Vous est-il déjà arrivé d’avoir une chauve-souris qui s’accroche dans vos cheveux ? Les porteurs de toison nous comprendront. Depuis un an Dorothée Benoit-Browaeys, "journaliste scientifique" (Vivant Info, association VivAgora) s’agrippe à la contestation des nanotechnologies pour vendre de la "démocratie technique" à ses partenaires parisiens et à la Métro. En vue de l’inauguration de Minatec, elle a fourgué à cette dernière un nouveau dispositif destiné à envaper l’opposition aux nécrotechnologies grenobloises.

Message électronique à Pièces et Main d’Œuvre

Date : Lun 20 mars 2006 17:49:38

Objet : Conseillers NANOVIV

"L’association VivAgora - qui met en oeuvre depuis 3 ans, des débats publics sur les enjeux sociaux des choix scientifiques et techniques - a été sollicitée par les Élus de la Région de Grenoble, qui souhaitent amorcer un processus de dialogue à propos des nanotechnologies.
Dans ce cadre et en lien avec le CCSTI de Grenoble, VivAgora prépare actuellement un cycle de rencontres permettant de confronter les logiques des acteurs académiques, industriels, citoyens et politiques.
Pour concevoir, élaborer et soutenir ce projet, VivAgora et le CCSTI constituent aujourd’hui un Groupe de conseillers de façon à mener une démarche rigoureuse dans sa méthode, équilibrée dans les rapports de pouvoirs, fructueuse d’un point de vue des pratiques des acteurs et des décisions politiques. Nous souhaitons solliciter votre concours pour cette initiative."

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Difficile de l’ignorer désormais. C’est à Grenoble, "capitale high tech", qu’est née l’opposition française aux nanotechnologies. Tandis que les élus votaient les subventions publiques à Crolles 2, Minatec, Biopolis, Nanotec 300, NanoBio, s’entre-congratulaient de ces "investissements qui placent la capitale des Alpes au premier plan dans la compétition mondiale", de simples citoyens que l’on n’avait jamais consultés sur ces programmes techno-industriels contestaient leurs bienfaits au nom de la raison. Bien sûr quelques réfractaires n’empêchent pas la machine d’avancer, et l’on inaugure Minatec le 1er juin. Le Daubé, VRP du techno-gratin, fait campagne à coup d’articles à la gloire de la traçabilité électronique : puces à radio-fréquence dans les cordes de montagne, dans le papier, etc. Tout en cachant à ses lecteurs la réunion publique organisée par l’Opposition grenobloise aux nécrotechnologies le 17 mars 2006 "contre le puçage électronique des animaux et des humains." Il est pourtant rare que la Maison du Tourisme, d’ordinaire réservée aux conférences de propagande du CCSTI, reçoive plus de 220 personnes pour contester les nécrotechnologies.
Mépris et indifférence, pas plus qu’insultes et intimidations, n’ont empêché le mot de passer : il y a un problème avec les nanotechnologies, et des raisons de s’opposer à leur intrusion forcée dans nos vies.

Face aux contestations le techno-gratin, comme tout pouvoir, tente de dissoudre l’opposition dans la récupération. En juin 2005, Pièces et Main d’Œuvre avait déjà reçu une invitation du président de la Métro à dialoguer lors du talk show "Sciences et Démocratie" à la MC2, aux côtés des "grandes pointures" et "experts internationaux". Manipe grossière. Les décisions déjà prises, il s’agissait de mouiller tout le monde dans ce dispositif d’acceptabilité supposé permettre la décision démocratique de ne rien changer.

Deuxième étage du dispositif : la commande, pour 15 600 €, d’un rapport au sociologue de l’INRA Pierre-Benoit Joly, expert en "démocratie technique", pour répondre à la question : "comment se débarrasser de la contestation ?" (En novlangue de bois : "Les publics grenoblois peuvent-ils participer aux choix scientifiques et techniques ?" )

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Arrêtons-nous sur l’oxymore "démocratie technique" appelé à fleurir dans les campagnes de propagande. Chacun voit qu’il n’y a pas plus de "démocratie technique" que de roue carrée : la démocratie est la participation de tous aux choix politiques, quand la technique est l’affaire de quelques spécialistes. Cette chimère politique a été bricolée, on s’en doute, par des experts tout prêts à offrir leurs services à une démocratie "en crise". Pierre-Benoît Joly est de ceux-là, et figure comme il se doit dans les remerciements du livre de son confrère Michel Callon, sociologue de l’innovation à l’Ecole des Mines : "Agir dans un monde incertain - essai sur la démocratie technique".

Élus, décideurs, vous affrontez des "controverses" nées des catastrophes techno-industrielles ? Comment les gérer ? Grâce aux "procédures de dialogue avec le peuple" taillées sur mesure par ces sociologues jaunes. Mode d’emploi : n’entrez pas dans la confrontation directe, tâchez d’"organiser, maîtriser les débordements sans vouloir pour autant les empêcher". Montez des "forums hybrides", mêlant scientifiques et "profanes", pour favoriser les compromis. Exemple de résultat ? "Le nucléaire qui en sortira (NDR : des débats publics) sera socialement, politiquement et même techniquement complètement différent du nucléaire qui aurait été décidé en dehors des forums hybrides. Parler "du" nucléaire en général n’a aucun sens. Jouer au jeu de ceux qui sont pour et de ceux qui sont contre est encore plus inepte."
Avec mon dispositif miracle, transformez votre problème-nucléaire en solution-nucléaire : adoptez le nucléaire hybride !

Quand les sciences humaines se vendent à "l’innovation", elles deviennent plus royalistes que le roi. Jamais Michel Callon et ses homologues ne recommandent d’introduire le politique dans la technique, de rappeler aux scientifiques leur responsabilité sociale. Leur solution au contraire consiste à imposer la logique technicienne au corps social, à encourager chaque citoyen à faire valoir son expertise. La "démocratie technique", c’est la négation du politique.

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Retour à Pierre-Benoît Joly et à la demande de la Métro.

Réponse prévisible du technicien : monter une conférence de citoyens, soit un nouveau pare-feu entre citoyens et décideurs. Quinze Grenoblois "sélectionnés" étant censés plancher deux week-ends pour savoir s’il faut garder Minatec ou le fermer. Non, on plaisante. Pour savoir s’il est "souhaitable de poursuivre le développement des nanotechnologies à vocation civile et militaire à Grenoble". Quelle différence ? Dans le deuxième cas la réponse n’a aucune conséquence. En effet, explique Joly, à l’issue de la conférence de citoyens, les élus de la Métro devront développer "leurs points d’accord et de désaccord en motivant les décisions qu’ils prendront".

Pierre-Benoît Joly était "grand témoin" au talk show "Sciences et Démocratie". Tout comme Dorothée Benoit-Browaeys, organisatrice du "cycle de débats" parisiens "Nanomonde : quels choix technologiques pour quelle société ?", en partenariat avec le techno-gratin (commission éthique de l’Académie des Technologies, centre de compétences Nanosciences en Ile-de-France, université Paris Sud ; associations Ecrin, CNRS-Industries, OREE, industriels pour l’environnement, etc). Mêmes procédés pour neutraliser la critique. Et, sans surprise, même promotion de dispositifs de "participation citoyenne". Les choses étant bien faites, l’association de D. Benoit-Browaeys, VivAgora, vend justement des solutions clé en main aux élus en mal de "participation citoyenne". Avec la recommandation de PB Joly ?

À Grenoble, d’après le message électronique du 20 mars 2006, les élus "souhaitent amorcer un processus de dialogue à propos des nanotechnologies". Cinquante-huit jours avant l’inauguration de Minatec, il va falloir faire vite si on veut que le dialogue soit terminé d’amorcer. Qu’à cela ne tienne, VivAgora et le CCSTI relèvent le défi :
"Il s’agit de mettre en œuvre un cycle de six débats relatif à la convergence entre nanotechnologies et biotechnologies. Ce cycle s’inscrit dans une actualité grenobloise importante :

- l’inauguration en avril 2006 de Biopolis, pépinière et hôtel d’entreprises et de start-up destiné aux biotechnologies,

- le projet NanoBio, construction de bâtiments et plate-formes techniques de R&D sur plusieurs sites, mis en place par des acteurs scientifiques (CEA, UJF, CHU) et subventionnés par les collectivités territoriales,

- l’inauguration du pôle Minatec, en juin 2006.

Ce cycle "NanoViv" se déroulera sur la base de 6 débats publics de type " cafés du vivant" programmés à raison de un par mois sur les périodes mai 2006 - juin 2006, puis septembre 2006 - décembre 2006. En cinq séances, le cycle pourrait balayer les sujets suivants :

- Les objets communicants (informations embarquées, RFID, nanoélectronique...) Usages et mésusages/ flicage ou contrôle ? Quelle efficacité des instances de cadrage ?

- Les médicaments ciblés, organes artificiels, implants cérébraux - Nanomédecine : réparation ou dopage ?

- Les risques issus des nanomatériaux : nanotubes de carbones, nanoparticules cosmétiques, verres et tissus fonctionnalisés (chauffants, à transparence variable...). Que sait-on des risques et des innovations pour un développement durable ?

- Le contrôle des "nano-objets vivants". Les efforts pour créer des vies synthétiques ou pour animer la matière visent à développer des dispositifs qui s’autoassemblent et se répliquent. Quelle maîtrise avons-nous de ces "engins de création" ?

- L’implication citoyenne dans les programmes NanoBio menés à Grenoble : Comment intégrer les dimensions sociales et environnementales dans l’innovation ? Comment faire évoluer les pratiques des acteurs et les régulations ?

- Séance finale : Synthèse des propositions et interpellation des responsables académiques, industriels, associatifs et politiques. Lors de cette dernière séance (une demie-journée en décembre 06) les acteurs impliqués dans le pilotage des nano s’engagent à répondre aux défis, responsabilités, problèmes, soulevés au long du cycle."
(Ils s’engagent à démonter Minatec ?)

Montant de la commande à VivAgora : 23 500 € TTC (soit 156 000 € TTC - plus d’un million de francs - claqués depuis un an par la Métro pour nous faire accepter les nanotechnologies : talk show, rapport Joly, cycle NanoViv. En attendant la "grande exposition" du CCSTI dès septembre 2006. Pour ce prix-là ils auraient au moins pu essayer d’acheter notre silence).
La "démocratie technique" : un marché lucratif pour les prestataires.

Comment savons-nous tout ça, nous simples citoyens non "impliqués dans le pilotage des nano" ? Parce que VivAgora et le CCSTI ont invité, eux aussi, Pièces et Main d’Œuvre. Non pour dialoguer, mais pour conseiller. Oui lecteur. Le message électronique ci-dessus en témoigne : l’office de propagande des nécrotechnologies grenobloises, le Centre de communication scientifique, technique et industrielle, nous demande de rejoindre le groupe de "conseillers" de l’opération aux côtés du techno-gratin.
Lequel, hier encore, analysait ainsi nos arguments :

"Obscurantistes" (Jean-Louis Pautrat, CEA-Minatec ) ; "fantasmes", "le jeu de mots nécrotechnologies-biotechnologies est inadmissible. Ceux qui font cette dérive sont des obscurantistes" (Jean Caune, élu à la Métro ) ; "Il serait bon de regarder sur le plan juridique s’il n’y a pas diffamation. Éventuellement déposer plainte contre X" (Didier Migaud, président de la Métro ) ; "Anti-démocratique" (Geneviève Fioraso, élue à la Métro ) ; "Le site sert de soupape pour un certain nombre de scientifiques" (Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI ) ; "Un groupe très toxique" (Edouard Brézin, président de l’Académie des sciences ). Sans parler des tracasseries policières déclenchées par la Métro - qui nous valent la confiscation d’un ordinateur depuis bientôt neuf mois.

Bref : la Métro nous invite à co-organiser son opération de com’. À poser le tampon "approuvé par les opposants" sur ses projets mortifères.
Le CCSTI, qui lors d’une de ses conférences fit voter par le public l’interdiction de s’exprimer pour PMO ; celui-là, lecteur, nous invite à le conseiller sur la meilleure manière de te faire accepter les nanotechnologies. Qu’en dis-tu ?

Le techno-gratin a suivi scrupuleusement la notice technique de PB Joly. Il tente de "maîtriser les débordements" en engluant les opposants dans une fondue participative. Hier "groupe très toxique", aujourd’hui "conseillers". Le CCSTI et ses commanditaires savaient bien sûr que nous refuserions leur récupération. Ce refus leur permettra de recruter de "bons opposants", des opposants raisonnables prêts à co-gérer les nécrotechnologies. À la FRAPNA ? Chez "Sciences Citoyennes" ? Chez les écotechs Verts ?

Nous n’avons rien à débattre avec les technarques, à cinquante-huit jours de l’inauguration de Minatec qu’ils ont planifiée entre eux depuis huit ans. Nous ne débattons pas avec ceux que nous combattons.
Nous débattons avec les "profanes", sur les raisons et les moyens de s’opposer aux projets qui détruisent nos vies.

Rendez-vous le 1er juin à Grenoble pour manifester contre l’inauguration de Minatec.


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