La Machine universitaire à l’heure de la pandémie numérique

lundi 18 janvier 2021 par Un composant défectueux

Un fonctionnaire, ça fonctionne. Un composant ordinaire, quoiqu’un peu défectueux, de la Machine universitaire, nous a communiqué un bref état de son fonctionnement et des circuits qui le relient au reste de la machine : étudiants, collègues et supérieurs, jusqu’à l’unité de contrôle centrale. « Le dernier "plan d’activité" m’autorise à recevoir sans condition 10 étudiants et il se trouve que je vais attaquer un cours optionnel en 3e année ne regroupant que 11 étudiants. Je leur ai donc envoyé un mail avant-hier pour leur proposer un cours in vivo. Trois seulement m’ont répondu, dont un qui habite loin et rechigne à venir si je suis le seul enseignant à procéder ainsi. »

Au fond ni les étudiants, ni les professeurs, ni surtout leurs autorités administratives ne tiennent à ces rencontres directes, toujours susceptibles de dysfonctionnements. Aussi étions-nous étonnés, ces derniers jours, d’entendre si souvent Barbara Stiegler, professeure de philosophie, appeler ses collègues à la désobéissance, depuis les micros de Radio France. Oui mais « Barbara » est un composant extraordinaire de la Machine, « membre de l’Institut », « auteure chez Gallimard », « fille de… », etc., une sorte de critique intégrée, nécessaire au fonctionnement de la machine. Quant à notre composant ordinaire, le service Contrôle ne le juge pas défectueux au point de le remplacer par un autre, guère plus performant. C’est qu’il est pris dans le fonctionnement, dans la chaîne de commandement, et qu’il fonctionne, bon gré mal gré, autant qu’un autre humain, tant qu’il n’a pas déserté, ou qu’on n’a pas remplacé toute cette classe de composants par des « non-humains », et les humanités obsolètes par les humanités numériques (1) chères à Bruno Latour, champion des machines et créateur du « Médialab » de Sciences-Po Paris (2).

Notes :
- (1) Cf. « Les deux cultures » ou la défaite des humanités. Pièces et main d’œuvre, 15 février 2016
- (2) À Sciences-Po Paris, le philosophe et sociologue Bruno Latour a créé le « Médialab », destiné à « tirer profit des méthodes numériques pour les sciences sociales » - par exemple en produisant du « Data Viz » (des graphiques illisibles), cher aux humanités numériques. Spécialiste de la sociologie de l’innovation et des sciences, Latour développe notamment une « sociologie des objets », militant pour que la constitution prenne en compte les « non-humains » et crée un « parlement des choses ».

Pièces et main d’oeuvre

(Pour lire le texte du composant défectueux, ouvrir le document ci-dessous.)

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