Tolstoï et les naturiens - Notre Bibliothèque Verte (n°8 et 9)

lundi 17 août 2020 par Renaud Garcia

Tous nos lecteurs croient connaître Tolstoï ; presque aucun ne connaît les naturiens. Le premier est aux Russes ce que Victor Hugo est aux Français : l’écrivain national. Le vieux génie barbu issu de la classe supérieure comme celle-ci est issue de la classe inférieure, au point que le mot de « peuple » confond l’ensemble national avec cette classe populaire, le peuple avec le bas peuple. Tolstoï, c’est le génie du peuple en qui tout le peuple se reconnaît et qui, par ses écrits théoriques, inspire pêle-mêle des mouvements ouvriers, paysans, pacifistes, des sectes et des mouvements « tolstoïens » de « retour à la terre » et de « simplicité volontaire », en Russie comme à l’étranger. « Tolstoïens », c’est-à-dire chrétiens anti-industriels.

Les seconds sont à la même époque, à la Belle époque, les plus méconnus des anarchistes français, artisans et bohèmes, des anti-industriels qui lisent, écrivent, théorisent, publient des livres, des journaux, et mettent en pratique le retour à la terre, la vie en communauté, l’amour libre, le féminisme, le végétarisme et le végétalisme ; et qui, pour leur peine, sont raillés et occultés par leurs compagnons anarchistes industrialistes. Ce que les tolstoïens et les naturiens ont en commun, à part le fait d’avoir inauguré voici plus d’un siècle de cela, une critique en actes et en pensée dont nous restons redevables, c’est la féroce opposition, sinon la répression qu’ils subirent face aux industrialistes, libéraux ou communistes, et notamment face aux léninistes, trotskystes et staliniens.

Mais ce qu’ils ont de plus frappant et qui les réunit dans notre estime, c’est de ne pas s’être contentés d’une critique parcellaire, ni négative. Les naturiens surtout, anarchistes et athées, ont porté la critique radicale (et non pas extrémiste), à un point qui n’a pas été dépassé depuis. Au-delà de l’anti-capitalisme et de l’anti-productivisme qui sont les mots de code des industrialistes de gauche (de « Génération.s » à l‘« Union communiste libertaire », l’agence du NPA en milieu libertaire). Leurs échecs, leurs impasses, leurs contradictions restent les nôtres. Mais aussi leurs réussites. La plus heureuse étant d’avoir forgé ce nom de « naturiens » pour nommer de façon positive et générique, les défenseurs du vivant politique dans un milieu vivant. Autrement dit nature et liberté, indissociables l’une de l’autre. Et si nous sommes, nous autres, ces mêmes défenseurs du vivant, un siècle plus tard, si nous voulons exister politiquement, c’est-à-dire collectivement, face aux ennemis du vivant, qui sommes-nous donc, sinon des naturiens. Ou plutôt, suivant l’usage des désinences en –iste pour désigner en français les adeptes d’un courant d’idée, des naturistes. On n’a pas dit « nudistes », même si Elisée Reclus (1830-1905), le géographe anarchiste, et nombre de ses compagnons, incluaient le nudisme dans le naturisme. Nous n’avons pas à être plus naturistes que les naturels des peuples premiers, qui, un peu partout, se promènent en pagnes, kalimbés, dhotis, paréos - et même - en culottes. Voici les deux notices de Renaud Garcia sur Tolstoï et les naturiens, afin de compléter Notre Bibliothèque Verte.

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