Débat de la Metro du 8 mars 2002 à propos de Biopolis

par Simples citoyens

PRÉSENTATION PAR DIDIER MIGAUD

Un certain nombre d’observations critiques ont été portées à l’encontre du projet Biopolis. Elles émanent d’un "Simple Citoyen" qui ne signe pas. Mais elles sont reprises par la presse. L’utilisation de termes tels que ‘nécrotechnologies’ est inacceptable. Si ce qui est allégué n’est pas vrai, il faut éviter que ces malentendus continuent. Les interventions doivent être signées.

Monsieur Feuerstein (président de l’Université Joseph Fourier) est venu accompagné de Marie Favrot, professeur de cancérologie, Philippe Cinquin, professeur d’informatique médicale, et Jacques Voiron, vice-président de l’Université Joseph Fourier.

EXPOSÉ DE JEAN CAUNE

Ce débat me paraît doublement important. Sur le plan éthique, il faut situer les choses dans le contexte des trente dernières années. Jusqu’en 1990, les scientifiques autorégulaient leurs savoirs et prenaient en charge le côté éthique. Après 1990, l’État réglemente par des lois de bio-éthique. À partir de 1997 on est entré dans la phase du débat public. Dans les biotechnologies se posent deux problèmes : le principe de précaution ; et le principe de bio-éthique. Le principe de précaution s’est appliqué au nucléaire et autres technologies, et aujourd’hui aux biotechnologies, qui sont d’autant plus importantes que les pratiques vont plus vite que les précautions à prendre. Il y a des craintes qui sont justifiées. Mais il y a aussi un certain nombre de fantasmes. Le jeu de mots nécrotechnologies-biotechnologies est inadmissible. Il est insultant de voir des recherches ainsi qualifiées, insultant pour les chercheurs, mais aussi insultant pour la société tout entière. Ceux qui font cette dérive sont des obscurantistes. Bien entendu, il y a des dérives, des dérapages. C’est pourquoi il y a des comités (qui ne sont que consultatifs, il est vrai). L’expertise scientifique estcritiquable car les scientifiques y sont juge et partie. Il faut des instances de régulation, avec des représentants d’associations. Biopolis n’est pas dans la recherche, mais dans la valorisation de la recherche. On a affaire à du vivant : on comprend donc qu’il y ait des craintes. Attendons du comité d’éthique qu’il interroge les scientifiques sur la part d’inconnu ou de mal maîtrisé. Il faut permettre à des représentants de la société civile de poser les bonnes questions.

EXPOSÉ DE FEUERSTEIN

Le potentiel issu de notre activité de recherche doit être valorisé. Les biotechnologies sont un secteur industriel indissociable de l’excellence scientifique. Dans le domaine des biotechnologies, il y a 150 sociétés pour 1 500 emplois en France ; 400 sociétés pour 11 000 emplois en Allemagne ; 300 sociétés pour 18 000 emplois en Grande-Bretagne. La France est sous-dotée. Les biotechnologies produisent des retombées en matière de santé publique. Conscients de cela, les pouvoirs publics ont mis en place un projet de 150 millions d’euros pour soutenir les projets des entreprises. L’agglomération (1 100 chercheurs, 80 équipes de recherche, 4 600 étudiants dans le secteur) a un potentiel important dans ce domaine. Présentation des nouveau instituts qui travaillent en biotechnologies à Grenoble et aussi entre Grenoble et Lyon (Génopole). Il existe une dynamique de créations d’entreprises. Dans le cadre de GRAIN, un tiers des projets sont issus du secteur des sciences du vivant. Maintenant, Biopolis lui-même. C’est un hôtel d’entreprises. Sa fonction est celle d’un accompagnement tertiaire, c’est-à-dire : pas de matériel à risque. Biopolis assure l’accompagnement d’antéprojets, puis l’accompagnement avant l’installation normale. Les futures entreprises avant de s’installer pourront commencer parêtre cocoonées dans cet hôtel. Il n’y a pas de labo P3 ni d’animalerie dans Biopolis. Pour héberger des animaux, il faut des équipements, qui sont drastiquement contrôlés, notamment par les services vétérinaires. Quant au terme ‘animalerie de transit’, il désignait des transports de tissus animaux, et non pas l’introduction d’animaux vivants dans Biopolis. Si ce terme fait peur, nous sommes prêts à le retirer. Biopolis doit permettre de développer et de valoriser, avec un intérêt pour le vivant et aussi un intérêt socio-économique.Biopolis se situe entre le laboratoire de recherche et l’entreprise (Feuerstein veut dire qu’il est l’intermédiaire entre les deux). Biopolis est un moyen de cadrer, de contrôler ce qui peut se passer. S’il n’y avait pas Biopolis, il n’y aurait pas moyen de contrôler. Biopolis est un outil de transparence. Les domaines abordés seront : les maladies dues au vieillissement, la cancérologie, la maladie de Parkinson, l’angiologie etc. etc. L’Adebag a conçu l’idée que les biotechnologies posaient des questions éthiques, d’où la création d’un comité. Les porteurs de projets sont sensibilisés à l’approche éthique. Il faut une évaluation des risques ; la précaution ne signifie pas ne rien faire. Noms d’un certain nombre d’entreprises issues de la recherche grenobloise : Génome Express, Praxim, Bioprofil, Equitime, Vitamib. Sont ensuite cités : Api Bio (lié aux puces), Protein’Expert (fabrique des protéines à façon), Techno cell (screening d’agents pharmaceutiques au stade préclinique), Digisens ( ? ) etc. etc.

LES QUESTIONS

AVRILLIER

C’est un débat utile mais difficile parce que nous sommes dans un contexte de décision publique qui fait intervenir des données savantes, qui ne sont accessibles qu’aux seuls ‘sachants’, ce qui exclut les politiques et le public. Cela pose le problème de la démocratie scientifique. Il y a un aspect ‘procédure publique’ et il y a un aspect ‘intérêt public’. L’aspect ‘procédure publique’ : le permis de construire a été signé sans qu’il y ait eu débat à la Métro sur des aspects tels que programme, architecte etc. C’est un manquement aux règles. L’intérêt public : on parle de ‘biotechnologies’ dans le projet, mais cela inclut beaucoup d’autres activités qui font partie de l’activité courante d’un C.H.U. Je le sais car j’ai été administrateur d’un C.H.U. Il y a des valorisations industrielles dans ce domaine qui sont nécessaires. Mais nous ne sommes pas dans le cas d’un hôtelier (puisqu’il est question d’ ‘hôtel’) qui ne regarderait pas ce qui sepasse dans son hôtel. Il s’agit d’argent public et de décision publique. Valorisation : oui ; mais aussi industrialisation ! Justifiée, mais ... Dans le domaine de la thérapie génique, du clonage, de la brevetabilité du vivant, on est dans le politique. Cela ne peut se résoudre par un simple comité d’éthique. Nous avons de tristes exemples en laissant aux seuls experts la charge d’éclairer les pouvoirs publics : exemples de l’amiante, de Tchernobyl (petite alusion en passant à Carignon, qui était à l’époque ministre de l’environnement), des farines animales (des experts ont dit aux industriels : allez-y), des pesticides cancérogènes, du sang contaminé. Quelle science ? quelle société ? quelle démocratie scientifique ? ça nous regarde, nous élus. Il y a des scientifiques incertains. Les ‘preuves irréfutables’ sont toujours réfutées. Ce qu’il y a de particulier dans ce domaine, c’est que les risques existent sans limitation de temps et de façon irréversible. Un déclaration d’un responsable de Monsanto : “ Nous n’avons pas à garantir la sécurité des produits alimentaires génétiquement modifiés. Notre intérêt est d’en vendre le plus possible, c’est à la FDA de veiller à leur sécurité. ”

Ce débat devrait avoir lieu autrement que pendant une interruption de séance.

MIGAUD

Le débat de ce soir ne va pas épuiser le sujet ! Nous instruisons ce dossier depuis 1998. Il y aura un comité d’éthique, dont les élus pourront faire partie. Nous avons pris la décision d’un centre d’excellence en biotechnologies sur le site Ricou ; si quelque chose ne va pas dans la procédure, nous reviendrons dessus. Au cours d’avril nous revaliderons la procédure, nous définirons les modalités d’exploitation ; en mai, nous choisirons le maître d’œuvre ; en septembre, nous consulterons les entreprises. Avrillier a évoqué plusieurs domaines. Les comparaisons ne sont pas toujours pertinentes ( id est : avec Tchernobyl, la vache folle etc.). Le mot “ manipulation ” fait peur ; mais le risque zéro n’existe pas. Sans cela, aucune recherche ne serait possible. Transparence, garanties nécessaires, blablabla.

FEUERSTEIN

On ne peut pas mettre en parallèle la vache folle et autres cas avec les biotechnologies. Dans ce cas, on savait qu’il y avait un risque et on n’a pas pris les mesures nécessaires. Avec Biopolis, on n’est pas dans ce registre. Il y a des labos qui étaient très pointus dans le domaine de la recherche sur le prion ; j’en connais. Les pouvoirs publics n’étaient pas intéressés par ces recherches. La dissémination d’OGM est un risque bien identifié. On ne peut pas l’amalgamer avec les thérapies cellulaires ou géniques ! À Biopolis, il n’y a pas ce genre de projet (OGM). Quant aux risques, il est évident qu’on peut par exemple prendre un risque pour sauver un enfant qui sans cela mourrait dans les jours à venir. Séquencer un gène n’est pas anormal. Connaître les gènes de susceptibilité au cancer permet des diagnostics précoces. Par contre, l’utilisation de ces données par les compagnies d’assurances pose un problème éthique. Il faut faire attention à l’utilisation des outils.

MARIE FAVROT

Les greffes se feront avec les propres tissus du greffé. Il n’y a donc pas de problème éthique. Il faut arrêter les amalgames avec la thérapie cellulaire ou thérapie génique.

MIGAUD

Pourriez-vous donner des exemples de ce qui sera accueilli à Biopolis ?

FEUERSTEIN

Il fait remarquer qu’il l’a déjà fait. Puis il énumère ce que contiendra Biopolis : bureau d’accueil, logement tertiaire, accès aux instruments du site, équipements de biologie, paillasses, hottes, congélateurs, stérilisateurs, rayon X, salle propre ou salle blanche, animalerie de transit prévue mais nous la supprimons, évacuation de déchets biologiques de base, informatique, etc. C’est une structure basique modulable.

D. LEROUX, maire de Noyarey

Je suis cocréateur d’une société de biotechnologie (mais pas implantée à Grenoble) et aussi élu. Grenoble a besoin de Biopolis. Grenoble est en retard. Mais je demande : combien de projets survivent ?

FEUERSTEIN

L’incubation augmente les chances de réussite.

(Plusieurs personnes apportent des chiffres, il n’en ressort rien de convaincant.)

FEUERSTEIN

Biopolis n’est pas un laboratoire de recherche, mais un lieu de valorisation.

JEAN-MICHEL REMANDE, maire de La Tronche

On a mis les projecteurs sur les précautions : c’est normal. Mais il faut replacer les véritables enjeux dans le bon ordre. Enjeux considérables pour la commune (La Tronche) en termes d’emploi, de développement de la commune, d’utilité des choses qui seront faites à Biopolis. On peut imaginer une centaine d’emplois, qui essaimeront à travers l’agglomération et ailleurs. Biopolis aidera au développement de la commune en termes de diversification urbanistique et économique. Pour nous, il n’est pas question d’éluder les précautions. Mais dénigrer de façon anonyme ou chercher les failles de la procédure pour ralentir le projet ne mène à rien.

YANNICK BOULARD, maire de Fontaine

J’attendais l’intervention de Raymond. Il a diabolisé la science. Il faut arrêter de diaboliser la science. Il faut donner plus de moyens à la recherche. On n’a pas le droit de brader la recherche au privé. Le débat sur l’éthique, ce n’est pas à la Métro de le faire. D’accord pour une sécurité maximale. On dit qu’on va construire un bâtiment banal : Comment l’adaptera-t-on plus tard quand d’autres entreprises voudront s’installer ? Cela veut-il dire que les projets qui présentent des risques seront exclus ?

FEUERSTEIN

Je n’ai peut-être pas été assez clair. Si un projet nécessite des investissements lourds à tout point de vue (financier et sécurisation), il pourra utiliser les labos de recherche, bien entendu après qu’une convention aura été signée. Mais pas à l’intérieur de Biopolis.

VOIRON

Ne pas oublier qu’il s’agit de jeunes pousses, qui disposent donc de très peu de moyens. Les investissements lourds sont au niveau des laboratoires.

MICHEL ISSINDOU, maire de Gières

Tout cela est plutôt rassurant. Grâce aux scentifiques, nous vivons dans de meilleures conditions

MARIE-JANNE GRANGE, conseillère municipale de La Tronche

Le projet est intéressant ; mais la zone inondable ?

FEUERSTEIN

(Réponse classique : 1m. 60 etc.)

MARIE-JANNE GRANGE

Je connais la réglementation ; mais j’ai vu des inondations !

MIGAUD

S’il y avait des risques sérieux, les pouvoirs publics n’auraient pas accepté le projet. (Puis, revenant aux fielleux libelles anonymes et diffamatoires :) Il serait bon de regarder sur le plan juridique s’il n’y a pas diffamation. Éventuellement déposer plainte contre X.

Le débat a été utile.

AVRILLIER

Petite question factuelle. Le président (id est Migaud) a fait un rectificatif dans le Canard enchaîné , disant que le CRSSA n’était pas adhérent de l’Adebag. En fait, j’ai vérifié, et le CRSSA est bel et bien adhérent. J’ai les statuts sous les yeux. D’où : inquiétude justifiée.

MIGAUD

S’il y a eu manque de précision, ce n’est pas à mettre sur le même plan que la diffamation des tracts. On nous traite d’irresponsables, de criminels. Si c’est le cas, il faut arrêter tout de suite.

FEUERSTEIN

Le CRSSA est membre associé, ce qui n’est pas la même chose. Il n’y a pas de problème de relation CRSSA-Biopolis.

UN ÉLU NON IDENTIFIÉ

J’ai participé à un comité d’éthique. Il y avait de tout : des union de consommateurs, des francs-maçons. Le CRSSA a soumis un projet en passant par la voie légale. Les comités d’éthique, c’est sérieux. Mais tout le monde ne va pas se mêler de tout !

UN ANONYME

Il fait observer que les entraves mises au progrès ont coûté des vies humaines

FEUERSTEIN

La communauté scentifique souhaite le débat. Images et science, CCSTI, etc.etc. À condition que nos conférenciers ne soient pas molestés, comme cela s’est produit !


Version prête à circuler


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